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Régime de faveur des fusions : comment optimiser fiscalement votre restructuration grâce à l'article 210 A du CGI ?

23/03/2026
Régime de faveur des fusions : comment optimiser fiscalement votre restructuration grâce à l'article 210 A du CGI ?
Évitez l'imposition immédiate des plus-values de fusion. Conditions strictes et obligations du régime de faveur à maîtriser

Saviez-vous qu'une fusion d'entreprise peut déclencher une imposition immédiate de plusieurs centaines de milliers d'euros de plus-values latentes, compromettant ainsi l'équilibre financier de l'opération ? Face à cette problématique majeure, le législateur a institué un dispositif fiscal particulièrement avantageux : le régime de faveur de l'article 210 A du Code général des impôts, permettant de reporter ou d'étaler l'imposition plutôt que de la subir immédiatement. Maîtriser ce régime nécessite cependant une connaissance approfondie des conditions strictes et des obligations déclaratives qu'il impose. L'étude Thémis Notaires Associés, basée à Loon-Plage, met son expertise en droit des entreprises au service des sociétés souhaitant sécuriser leurs opérations de restructuration.

  • L'enregistrement des actes de fusion est totalement gratuit depuis 2019 pour les personnes morales soumises à l'IS (contre 375€ à 500€ auparavant), représentant une économie directe de plusieurs milliers d'euros
  • La rétroactivité fiscale est strictement limitée au 1er janvier de l'année d'approbation de la fusion (jamais au-delà en raison du principe de spécialité des exercices)
  • Les obligations convertibles et bons de souscription sont automatiquement assimilés à de la soulte et compromettent le régime de faveur au-delà de 10% de la valeur nominale
  • La compensation immédiate des plus-values à réintégrer avec les déficits transférés par agrément est possible dès la date de fusion, optimisant ainsi la trésorerie

Vérifier scrupuleusement les conditions d'éligibilité au régime de faveur fusion

L'accès au régime de faveur des fusions nécessite de respecter impérativement plusieurs conditions de fond. Les sociétés participant à l'opération doivent être assujetties à l'impôt sur les sociétés en France, condition sine qua non pour bénéficier de ce dispositif fiscal (avec depuis le 1er janvier 2019 une gratuité totale des droits d'enregistrement pour ces sociétés, contre 375€ à 500€ auparavant pour les apports purs et simples selon l'article 816 CGI). Cette première exigence peut sembler évidente, mais elle exclut notamment les sociétés de personnes n'ayant pas opté pour l'IS.

La rémunération des apports constitue un point d'attention crucial. Les apports réalisés par la société absorbée doivent être rémunérés exclusivement par des titres représentatifs du capital social de la société absorbante. Toute attribution d'obligations convertibles, d'obligations remboursables en actions ou de bons de souscription compromettrait l'application du régime, ces titres étant automatiquement assimilés à un élément de soulte. Par exemple, si une société absorbe une entreprise valorisée à 2 millions d'euros, elle devra émettre des actions pour cette valeur, sans pouvoir substituer une partie par des obligations.

Une tolérance existe néanmoins : le versement d'une soulte en numéraire aux associés de la société absorbée est possible, à condition que celle-ci n'excède pas 10% de la valeur nominale des titres attribués. Prenons le cas d'une fusion où les associés reçoivent des actions d'une valeur nominale totale de 500 000 euros : la soulte maximale autorisée sera de 50 000 euros. Au-delà, c'est l'intégralité du régime de faveur qui serait perdu.

Exemple pratique : La société LOGISTIQUE NORD absorbe TRANSPORT EXPRESS, valorisée à 480 000€. Les associés de TRANSPORT EXPRESS reçoivent 400 000€ d'actions (valeur nominale) et 80 000€ d'obligations convertibles. Ces obligations convertibles sont automatiquement considérées comme de la soulte, portant le ratio soulte/actions à 20% (80 000€/400 000€). Le seuil de 10% étant dépassé, le régime de faveur est perdu et les plus-values de fusion seront immédiatement imposables, générant potentiellement une charge fiscale de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Les conditions de forme indispensables pour sécuriser le régime faveur fusion

Au-delà des conditions de fond, le respect des conditions de forme revêt une importance capitale. Le traité de fusion doit mentionner expressément l'option pour le régime de faveur de l'article 210 A du CGI. Cette mention ne peut être considérée comme implicite : sans déclaration formelle dans l'acte, c'est automatiquement le régime de droit commun qui s'appliquera, entraînant une imposition immédiate des plus-values.

Le Conseil d'État a d'ailleurs confirmé dans un arrêt du 20 janvier 2016 que les engagements énumérés au 3 de l'article 210 A doivent obligatoirement figurer dans l'acte de fusion, même lorsqu'ils sont dépourvus de pertinence pratique dans la situation spécifique. Cette jurisprudence illustre le formalisme rigoureux du dispositif : l'oubli d'un seul engagement, même théorique, fait perdre le bénéfice du régime.

Pour une transmission universelle de patrimoine (TUP), la procédure diffère légèrement : les engagements doivent être inscrits dans l'acte de dissolution et non dans un traité de fusion qui n'existe pas dans ce type d'opération. Cette particularité, confirmée par le Conseil d'État en 2011, nécessite une vigilance accrue lors de la rédaction des actes.

À noter : Un point technique crucial concerne la transcription des apports selon la situation de contrôle. Lorsque la fusion est réalisée "à l'endroit" (société mère absorbe sa filiale) ET qu'aucune société ne contrôle l'autre, les apports doivent obligatoirement être transcrits à la valeur réelle dans les comptes de la société absorbante, générant mécaniquement des plus-values potentiellement importantes. Dans les autres cas (fusion "à l'envers" avec la filiale qui absorbe la mère, ou fusion avec contrôle), la transcription s'effectue aux valeurs comptables, limitant ainsi l'ampleur des plus-values à réintégrer. Cette règle détermine directement le montant des réintégrations futures et influence donc considérablement le choix du sens de la fusion.

Respecter méticuleusement les obligations déclaratives du régime de faveur

La société absorbante doit souscrire quatre engagements fondamentaux dans l'acte de fusion. Elle s'engage d'abord à reprendre au passif les provisions dont l'imposition est différée chez la société absorbée. Cette reprise garantit la continuité du traitement fiscal des provisions constituées antérieurement.

Le deuxième engagement concerne le calcul des plus-values futures sur les immobilisations non amortissables : elles devront être déterminées selon les valeurs fiscales de la société absorbée. Concrètement, si un terrain acquis 100 000 euros par l'absorbée est apporté à sa valeur réelle de 300 000 euros, la plus-value lors d'une cession ultérieure à 400 000 euros sera calculée sur la base de 100 000 euros, soit 300 000 euros de plus-value et non 100 000 euros.

Le troisième engagement, particulièrement technique, porte sur la réintégration échelonnée des plus-values sur biens amortissables. Cette réintégration s'effectue sur quinze ans pour les constructions, plantations et agencements de terrains, et sur cinq ans pour les autres éléments amortissables (avec possibilité de procéder à des réintégrations anticipées supérieures au minimum légal, permettant d'optimiser la charge fiscale selon les résultats annuels). Une société absorbant une entreprise détenant un bâtiment industriel générant une plus-value de 450 000 euros devra ainsi réintégrer 30 000 euros par an pendant quinze ans.

Conseil pratique : Attention à la règle spécifique des 90% pour les constructions ! Lorsque les plus-values nettes sur constructions, plantations et agencements représentent plus de 90% de la plus-value nette globale sur biens amortissables, la réintégration ne s'effectue plus sur 15 ans forfaitaires mais sur une période correspondant à la durée moyenne d'amortissement pondérée en fonction de la valeur d'apport de chaque bien. Ce calcul peut considérablement modifier la période de réintégration : une construction récente amortie sur 40 ans allongera la période, tandis qu'un agencement ancien proche de son terme la raccourcira.

Les déclarations à produire impérativement dans les délais

La société absorbée dispose de soixante jours suivant la première publication de la fusion dans un journal d'annonces légales pour souscrire la déclaration spéciale de cessation d'entreprise prévue à l'article 201 du CGI. Ce délai court et impératif nécessite une organisation rigoureuse du calendrier post-fusion (sachant que l'effet rétroactif fiscal ne peut jamais dépasser le 1er janvier de l'année d'approbation, conformément au principe de spécialité des exercices).

Les états de suivi prévus à l'article 54 septies du CGI constituent une obligation permanente. Leur production reste obligatoire même en l'absence de plus-value comptable, contrairement à une idée reçue fréquente. L'omission de ces états expose la société à une amende égale à 5% des résultats omis (calculée sur la somme du montant de la plus-value ET de la moins-value d'apports, ainsi que du montant de la plus-value fiscale latente sur les titres reçus, sans compensation possible), sanction particulièrement lourde en présence de plus-values importantes.

Exemple de calcul de l'amende : Une fusion génère 300 000€ de plus-values et 100 000€ de moins-values d'apports. En cas de non-production des états de suivi, l'amende de 5% porte sur 400 000€ (300 000€ + 100 000€ sans compensation algébrique), soit 20 000€ d'amende, et non sur les 200 000€ nets. Cette méthode de calcul peut considérablement alourdir la sanction financière.

Pour les opérations transfrontalières, l'article 210-0 A impose une déclaration spécifique sous peine d'une amende forfaitaire de 10 000 euros. Cette obligation s'ajoute aux autres formalités et nécessite une attention particulière lors de fusions avec des sociétés étrangères.

Sécuriser l'opération et anticiper les pièges du régime faveur fusion

La clause anti-abus introduite en 2017 constitue le principal risque pesant sur l'application du régime de faveur. L'administration fiscale peut refuser le bénéfice du régime lorsque l'opération a comme objectif principal la fraude ou l'évasion fiscale. Cette appréciation repose sur l'existence de motifs économiques valables, tels que la restructuration ou la rationalisation des activités.

Pour sécuriser votre opération, constituez un dossier solide démontrant les motivations économiques réelles : synergies opérationnelles, économies d'échelle, optimisation de la chaîne de valeur, consolidation de positions de marché. Une fusion entre deux sociétés de transport permettant de mutualiser une flotte de véhicules et de réduire les coûts de structure de 30% présente ainsi des motifs économiques évidents.

Le rescrit fiscal spécial "restructuration", disponible depuis 2018, offre une sécurité juridique appréciable. Cette procédure permet d'obtenir confirmation préalable de l'administration que l'opération envisagée ne relève pas de la clause anti-abus. L'administration dispose de six mois pour répondre ; passé ce délai, son accord est réputé acquis.

À noter : Lorsque les éléments de l'actif circulant (stocks, créances) ne sont pas inscrits à leur valeur fiscale mais à leur valeur d'apport supérieure, la société absorbante doit réintégrer immédiatement dans le bénéfice imposable de l'exercice de fusion le profit correspondant à la différence. Un stock apporté à 200 000€ alors que sa valeur fiscale est de 150 000€ génère une imposition immédiate de 50 000€, annulant partiellement l'effet report du régime de faveur. Cette réintégration immédiate peut considérablement réduire l'intérêt fiscal de l'opération.

Les erreurs fatales à éviter absolument

L'absence de mention expresse du régime de faveur dans le traité constitue une erreur irréversible. Le régime de droit commun s'appliquera automatiquement, entraînant l'imposition immédiate des plus-values. Aucune régularisation ultérieure n'est possible, même si l'intention des parties était clairement d'opter pour le régime de faveur.

Le dépassement du seuil de 10% pour la soulte représente un piège fréquent. Les praticiens doivent vérifier minutieusement ce ratio en incluant tous les éléments constitutifs de la soulte, y compris les attributions de titres autres que des actions (obligations convertibles, obligations remboursables en actions, bons de souscription étant automatiquement assimilés à de la soulte).

  • Vérifier systématiquement la nature des titres attribués en rémunération
  • Calculer précisément le ratio soulte/valeur nominale des titres
  • S'assurer de la production de tous les états de suivi requis
  • Respecter scrupuleusement les délais de déclaration
  • Documenter les motifs économiques de l'opération

Le transfert des déficits de la société absorbée nécessite une attention particulière. Si ces déficits dépassent 200 000 euros, un agrément ministériel devient obligatoire. L'activité à l'origine des déficits devra être poursuivie pendant au moins trois ans sans changement significatif (modification de la clientèle, réduction de l'emploi, changement des moyens d'exploitation, modification de la nature ou du volume d'activité sont interdits). Un changement de clientèle ou une modification substantielle des moyens d'exploitation pourrait remettre en cause le transfert.

Optimisation fiscale : La société absorbante peut librement compenser, dès la date de la fusion, la plus-value nette afférente aux éléments amortissables avec les déficits de la société absorbée qu'elle est autorisée par agrément à reporter. Cette compensation immédiate réduit d'autant la somme à réintégrer sur 5 ou 15 ans, optimisant ainsi la trésorerie. Par exemple, une société absorbante qui transfère 500 000€ de déficits peut les utiliser immédiatement pour neutraliser une partie équivalente des plus-values, évitant ainsi leur étalement sur plusieurs années.

L'étude Thémis Notaires Associés accompagne les entreprises du Nord dans leurs opérations de restructuration et de fusions-acquisitions en sécurisant l'application du régime de faveur des fusions. Notre expertise en droit des sociétés et notre connaissance approfondie des mécanismes fiscaux nous permettent d'anticiper les difficultés et d'optimiser vos opérations de croissance externe. Située à Loon-Plage, notre étude met à votre disposition une équipe spécialisée pour structurer vos fusions, rédiger les actes nécessaires et assurer le suivi des obligations déclaratives, garantissant ainsi la pérennité des avantages fiscaux obtenus.