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Notaire obligatoire pour créer une société : dans quels cas précis ?

10/04/2026
Notaire obligatoire pour créer une société : dans quels cas précis ?
Apport immobilier, fonds de commerce, bail : identifiez précisément quand le notaire devient légalement obligatoire pour votre société

Chaque année, plus de 200 000 sociétés avec apport immobilier voient le jour en France, et une sur trois nécessite l'intervention obligatoire d'un notaire dès sa création. Face à la complexité des règles juridiques, de nombreux entrepreneurs découvrent tardivement cette obligation et risquent le refus d'immatriculation au RCS. Entre obligation légale stricte et recommandation stratégique, comment distinguer les situations où le notaire devient incontournable ? L'étude Thémis Notaires Associés, forte de son expertise à Loon-Plage dans l'accompagnement des créateurs d'entreprise, vous éclaire sur les trois cas précis où l'acte authentique notarié s'impose, ainsi que sur les situations où son intervention, bien que facultative, reste vivement conseillée.

  • L'apport immobilier impose systématiquement un notaire ET un commissaire aux apports : au-delà de l'acte authentique obligatoire, un commissaire aux apports doit évaluer le bien et son rapport être annexé à l'acte, cette double sécurité protégeant contre les apports fictifs (lorsque le passif dépasse la valeur du bien).
  • La publicité foncière doit intervenir dans le mois (et non deux) suivant l'acte : ce délai légal strict s'impose au notaire, mais les délais de traitement effectif varient ensuite de 2 à 24 mois selon les départements.
  • L'apport immobilier à une SCI soumise à l'IR bénéficie d'une exonération totale : contrairement à l'apport à une société IS taxé à 5%, ce régime fiscal détermine donc fortement le coût de l'opération (hors plus-value imposable à 19% + 17,2% de prélèvements sociaux).
  • Le conjoint dispose de 2 ans maximum pour contester un apport irrégulier de bien commun : passé ce délai depuis la connaissance de l'acte (et jamais plus de 2 ans après dissolution de la communauté), l'apport devient définitivement valable même sans son accord.

Les trois situations où le notaire est obligatoire pour votre société

L'apport d'un bien immobilier au capital : une obligation absolue

L'intervention du notaire devient obligatoire dès lors que vous apportez un bien immobilier au capital de votre société, qu'il s'agisse d'une SARL, d'une SAS, d'une SA ou d'une SCI. Cette règle s'applique tant lors de la constitution initiale que pour une augmentation de capital ultérieure. L'acte authentique notarié constitue alors une condition sine qua non de validité de l'opération. De plus, un commissaire aux apports doit obligatoirement être désigné pour procéder à l'évaluation du bien immobilier apporté, et un exemplaire de son rapport doit être annexé à l'acte d'apport authentique, indépendamment de l'intervention du notaire.

Au-delà de la rédaction de l'acte, le notaire doit impérativement accomplir la publicité foncière dans le mois suivant la signature (et non deux mois comme souvent cru). Cette formalité, réalisée auprès du service de publicité foncière du lieu de situation de l'immeuble, rend l'apport opposable aux tiers et protège la société contre d'éventuelles revendications. Sans cette publication, des garanties pourraient encore être inscrites sur le bien au nom de l'ancien propriétaire. Il convient toutefois de noter que les délais de traitement effectif par les services de publicité foncière varient considérablement de 2 à 24 mois selon les départements, nécessitant une anticipation dans la planification de vos opérations.

À noter : Si le passif (emprunts, dettes) grevant le bien immobilier apporté est supérieur à la valeur brute de ce bien, l'apport est considéré comme fictif et encourt la nullité absolue. Cette règle protège les créanciers et les autres associés contre les apports sans valeur réelle. Le commissaire aux apports vérifiera systématiquement ce point crucial dans son rapport.

Prenons l'exemple concret d'un entrepreneur apportant un local commercial d'une valeur de 150 000 euros à sa SARL. Le notaire devra non seulement établir l'acte authentique, mais aussi purger le droit de préemption communal en adressant une déclaration d'intention d'aliéner à la mairie, qui dispose alors de deux mois pour exercer ou non ce droit (en l'absence de réponse dans ce délai, la commune est réputée avoir renoncé à son droit de préemption et l'opération peut être finalisée). Les droits d'enregistrement s'élèveront à 5% si la société est soumise à l'impôt sur les sociétés, soit 7 500 euros dans notre exemple, auxquels s'ajoutent au minimum 1 500 euros d'honoraires notariaux. Notons qu'un apport pur et simple à une SCI soumise à l'impôt sur le revenu serait totalement exonéré de droits d'enregistrement, cette distinction fiscale conditionnant fortement le choix du régime fiscal de la société.

Attention particulière si vous êtes marié sous un régime communautaire : le consentement exprès de votre conjoint devient indispensable pour apporter un bien commun. Sans cet accord formalisé dans l'acte, votre conjoint pourrait ultérieurement revendiquer la qualité d'associé et prétendre à la moitié des parts sociales, conformément à l'article 1832-2 du Code civil (le conjoint disposant toutefois d'un délai maximum de deux années à partir du jour où il a eu connaissance de l'acte pour demander l'annulation, cette action ne pouvant jamais être intentée plus de deux ans après la dissolution de la communauté).

Conseil fiscal : L'apport d'un bien immobilier est imposable dans la catégorie des plus-values immobilières des particuliers au taux de 19% (IR) auquel s'ajoutent 17,2% de prélèvements sociaux. La plus-value imposable est toutefois diminuée d'un abattement pour durée de détention, mais sans possibilité de report d'imposition contrairement à une cession classique. Pour un bien détenu depuis plus de 30 ans, l'exonération sera totale.

L'apport d'un fonds de commerce mentionné dans les statuts

Le notaire devient également obligatoire lorsque vous apportez un fonds de commerce ou artisanal et que cet apport figure dans les statuts de la société. Dans ce cas précis, les statuts eux-mêmes doivent être établis par acte authentique, imposant l'intervention notariale dès la constitution de la société.

L'acte doit contenir des mentions obligatoires définies par l'article L. 141-1 du Code de commerce : description détaillée du bien, activité exercée, adresse d'exploitation, numéro RCS, liste exhaustive des éléments corporels et incorporels, et valeur totale de l'apport. Ces précisions protègent tant les associés que les créanciers contre les apports surévalués. Le droit de préemption communal s'applique également aux apports de fonds de commerce situés dans un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat, nécessitant les mêmes formalités de déclaration que pour les biens immobiliers.

Les formalités de publicité légale s'avèrent particulièrement strictes. Dans les quinze jours suivant l'apport, un avis doit paraître dans un journal d'annonces légales. Le greffier procède ensuite à une insertion au BODACC (Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales). Les créanciers disposent alors de dix jours après la dernière publication pour révéler leurs créances au greffe du tribunal de commerce.

Exemple pratique : Un restaurateur souhaite apporter son fonds de commerce valorisé à 250 000 euros à une SAS qu'il crée avec deux associés. Le commissaire aux apports évalue le fonds, confirmant la valorisation. L'acte notarié intègre cette évaluation et mentionne précisément : la licence IV valorisée 40 000 euros, le matériel de cuisine pour 60 000 euros, le droit au bail pour 80 000 euros, et la clientèle pour 70 000 euros. Les droits d'enregistrement s'élèveront à 7 810 euros (exonération jusqu'à 23 000 euros, puis 3% entre 23 000 et 200 000 euros, soit 5 310 euros, puis 5% au-delà de 200 000 euros, soit 2 500 euros). Le notaire publiera l'annonce légale dans les 15 jours, permettant aux créanciers éventuels de se manifester dans le délai légal de 10 jours après la dernière publication au BODACC.

Concernant la fiscalité, les droits d'enregistrement suivent un barème progressif : exonération jusqu'à 23 000 euros, 3% entre 23 000 et 200 000 euros, puis 5% au-delà. Pour un fonds de commerce valorisé à 250 000 euros, les droits s'élèveraient donc à 0 + (177 000 × 3%) + (50 000 × 5%) = 7 810 euros.

L'apport d'un bail commercial de longue durée ou de débit de boissons

Le recours au notaire devient obligatoire dans deux situations spécifiques concernant les baux commerciaux. Premièrement, tout bail commercial d'une durée supérieure à douze ans nécessite un acte authentique pour permettre sa publication au service de publicité foncière et le rendre opposable aux tiers. Deuxièmement, tout bail portant sur un débit de boissons, quelle que soit sa durée, impose l'intervention notariale selon l'article 504 du Code général des impôts, mesure destinée à prévenir la fraude fiscale sur les taxes liées à l'alcool.

L'acte authentique présente ici un avantage majeur : il est revêtu de la formule exécutoire, lui conférant la force d'une décision de justice. En cas d'impayé de loyer, le bailleur peut directement mandater un commissaire de justice pour pratiquer une saisie, sans passer par une procédure judiciaire préalable. Cette efficacité juridique compense largement le coût initial de l'intervention notariale.

À noter : Lorsque le bail est apporté en même temps que les autres éléments du fonds commercial de l'apporteur, l'apport est possible et aucune clause du bail ne peut l'interdire. En revanche, lorsque le bail est apporté isolément (sans le fonds), une clause du bail peut interdire cet apport. Pour que la société bénéficie du droit au renouvellement, le bail apporté isolément doit avoir encore au moins 3 ans à courir.

Cadre juridique et sanctions du non-respect de l'obligation notariale

Les fondements légaux de l'intervention obligatoire du notaire

Le caractère obligatoire du notaire pour certaines opérations sociétaires repose sur un arsenal juridique précis. Le Code de commerce, notamment ses articles L. 141-1 pour l'apport de fonds de commerce et L. 145-16 pour l'apport du droit au bail, établit le cadre impératif de ces interventions. Le Code civil complète ce dispositif avec l'article 1427 protégeant le conjoint contre les actes non autorisés sur les biens communs (avec un délai d'action de deux années à partir du jour où le conjoint a eu connaissance de l'acte, sans pouvoir agir plus de deux ans après la dissolution de la communauté), et l'article 1832-2 imposant l'information du conjoint pour tout apport de biens communs.

Le Code général des impôts renforce ces obligations à travers les articles 683 bis, 719 et 809, qui organisent la fiscalité des apports et imposent l'enregistrement de certains actes. Cette architecture légale vise à protéger simultanément les créanciers, les associés, le conjoint de l'apporteur et l'administration fiscale.

Les conséquences juridiques du non-respect

L'absence d'intervention notariale, lorsqu'elle est obligatoire, entraîne des sanctions particulièrement lourdes. La première et plus grave reste la nullité absolue de l'acte d'apport. Contrairement à une nullité relative, cette sanction peut être invoquée par tout intéressé et n'est pas susceptible de confirmation ultérieure. L'opération devient juridiquement inexistante.

Le greffe du tribunal de commerce refuse systématiquement l'immatriculation d'une société dont les apports obligatoirement notariés n'ont pas respecté cette forme. L'inopposabilité aux tiers constitue une autre conséquence majeure : sans publicité foncière réalisée par le notaire, l'apport immobilier reste invisible pour les tiers qui peuvent continuer à saisir le bien comme appartenant toujours à l'apporteur. Cependant, une fois les formalités de publicité foncière accomplies par le notaire, les créanciers de l'apporteur dont les créances ne sont pas inscrites sur l'immeuble apporté perdent définitivement leurs recours sur le bien, cette publicité rendant l'apport opposable aux créanciers non inscrits sans possibilité de rétractation.

Les associés encourent également une responsabilité solidaire pendant cinq ans lorsqu'ils renoncent au commissaire aux apports pour évaluer les biens. Si l'apport s'avère surévalué, chaque associé peut être poursuivi sur son patrimoine personnel pour la différence, avec des sanctions pénales pouvant atteindre cinq ans d'emprisonnement et 9 000 euros d'amende en cas de fraude caractérisée.

Quand consulter un notaire sans obligation et quelles alternatives

Les situations complexes où le notaire devient indispensable

Même sans obligation légale, certaines configurations patrimoniales ou familiales rendent l'intervention du notaire vivement recommandée. Les situations matrimoniales complexes, comme un divorce en cours ou la présence de biens propres et communs entremêlés, nécessitent l'expertise notariale pour éviter des contestations ultérieures. Le notaire vérifiera notamment que l'apport de liquidités ne provient pas de la vente récente d'un bien commun, ce qui nécessiterait l'accord du conjoint.

La présence d'associés mineurs ou majeurs protégés impose des précautions particulières. Pour un mineur non émancipé, l'apport d'un bien immobilier ou d'un fonds de commerce nécessite l'autorisation préalable du juge des tutelles. Pour un apport en numéraire ou d'autres biens (hors fonds de commerce et immobilier), le mineur nécessite l'accord des deux parents titulaires de l'administration légale, mais si les parents ne trouvent pas de terrain d'entente ou lorsque l'exercice de l'administration légale revient à un seul parent, l'autorisation du juge des tutelles devient également indispensable. Le notaire sécurise l'ensemble de la procédure en vérifiant les autorisations nécessaires et en insérant des clauses protectrices, comme la limitation de responsabilité du mineur au montant de ses apports.

Les structurations patrimoniales sophistiquées, impliquant des holdings, des donations-partages ou des pactes Dutreil, bénéficient grandement de l'approche globale du notaire. Son intervention garantit la cohérence entre les aspects civils et fiscaux, évitant des requalifications coûteuses par l'administration.

Conseil pratique : Si vous envisagez une structuration patrimoniale complexe ou la création d'une société avec des apports significatifs, le notaire peut vous proposer une consultation préalable pour identifier les risques juridiques et fiscaux, et optimiser votre montage avant toute décision définitive. Cette anticipation évite souvent des restructurations coûteuses ultérieures.

Les professionnels alternatifs selon vos besoins spécifiques

Lorsque le notaire n'est pas obligatoire pour votre société, d'autres professionnels peuvent vous accompagner efficacement. Les avocats spécialisés en droit des sociétés excellent dans la rédaction de statuts complexes et de pactes d'associés, particulièrement pour les SAS nécessitant des clauses sur mesure. Leur expertise s'avère précieuse pour organiser la gouvernance et prévoir les modalités de sortie des associés.

Les experts-comptables apportent une vision économique et fiscale indispensable. Ils évaluent les apports en nature, optimisent le montage financier et accompagnent la société dans sa gestion quotidienne. Pour un fonds de commerce sans composante immobilière, leur intervention combinée à celle d'un avocat peut suffire.

Les plateformes juridiques en ligne représentent une solution économique pour les créations simples, sans apport en nature. Toutefois, leur approche standardisée montre ses limites dès que la situation se complexifie. Un entrepreneur marié apportant 50 000 euros en numéraire pourrait découvrir trop tard que ces fonds, issus d'une donation de ses parents, constituaient des biens propres dont l'emploi nécessitait des précautions particulières.

Création de société, apport immobilier, transmission d'entreprise : l'étude Thémis Notaires Associés vous accompagne dans tous vos projets entrepreneuriaux nécessitant une sécurité juridique optimale. Implantée à Loon-Plage, notre équipe allie expertise technique et approche pédagogique pour clarifier vos options et sécuriser vos décisions. Que votre situation impose le recours au notaire ou que vous souhaitiez simplement bénéficier de conseils avisés, nous mettons notre expérience au service de votre réussite entrepreneuriale dans le respect du secret professionnel et de la déontologie notariale.