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Fusion d'entreprise : quand le notaire est-il vraiment obligatoire ?

20/03/2026
Fusion d'entreprise : quand le notaire est-il vraiment obligatoire ?
Le notaire n'est obligatoire qu'avec des biens immobiliers. Évitez les frais inutiles et sécurisez juridiquement votre fusion

Une fusion d'entreprise impliquant des actifs immobiliers d'une valeur de plusieurs millions d'euros peut engendrer des frais notariaux représentant environ 1% de cette valeur - une somme considérable qui soulève naturellement la question de leur nécessité absolue. Face à cette opération complexe, de nombreux dirigeants s'interrogent légitimement sur l'obligation réelle de recourir à un notaire, oscillant entre la volonté d'optimiser les coûts et le besoin impératif de sécuriser juridiquement leur restructuration. L'étude Thémis Notaires Associés, forte de son expertise en droit des sociétés à Loon-Plage, vous éclaire sur cette distinction cruciale entre obligation légale et simple recommandation. Comprendre précisément les cas d'intervention obligatoire du notaire permet non seulement d'éviter des frais superflus, mais surtout de prévenir tout risque d'inopposabilité ou de nullité de votre opération. Cette analyse détaillée vous guidera à travers les différents scénarios juridiques, leurs implications pratiques et les pièges à éviter.

  • L'acte notarié est obligatoire uniquement en présence d'immeubles, de droits réels immobiliers ou de baux emphytéotiques/à construction (durée de 18 à 99 ans)
  • La fusion simplifiée offre une exonération fiscale décisive sur la taxe de publicité foncière (0,7% d'économie) dès 90% de détention et dispense d'AGE
  • La TUP devient obligatoire pour les structures unipersonnelles (SASU/EURL) avec associé unique personne morale et nécessite depuis octobre 2024 une double publication JAL + BODACC
  • Le défaut de publicité foncière n'entraîne pas la nullité mais l'inopposabilité du transfert immobilier aux tiers, avec un délai impératif d'un mois pour la formalité fusionnée

Le notaire dans la fusion : une obligation liée à la nature des actifs transférés

Contrairement à une idée reçue, l'intervention du notaire n'est pas systématiquement requise lors d'une fusion d'entreprise. La nécessité de recourir à un officier public ministériel dépend exclusivement de la nature des actifs transférés, et non du type d'opération de restructuration choisi (fusion entre sociétés de formes juridiques différentes restant possible selon l'article L.236-2 du Code de commerce). Cette distinction fondamentale mérite d'être parfaitement comprise pour optimiser tant les coûts que la sécurité juridique de votre opération.

L'article 710-1 du Code civil, instauré par la loi du 28 mars 2011, pose le principe cardinal : tout acte sujet à publicité dans un bureau des hypothèques doit être dressé en forme authentique. Cette exigence légale s'applique pleinement aux fusions d'entreprises dès lors qu'elles impliquent des mutations immobilières, y compris dans le cadre d'actes mixtes comportant à la fois des apports mobiliers et immobiliers. Le législateur a ainsi maintenu un équilibre entre la liberté contractuelle pour les actifs mobiliers et la sécurité juridique renforcée pour les transactions immobilières.

Transfert d'immeubles : l'acte notarié comme passage obligé

Lorsque la société absorbée détient dans son patrimoine des biens immobiliers ou des droits réels immobiliers, le recours au notaire devient une obligation légale incontournable. Cette exigence s'applique indifféremment à la propriété pleine et entière, mais également aux démembrements de propriété tels que l'usufruit ou la nue-propriété. Les servitudes grevant ou bénéficiant à un immeuble entrent également dans ce périmètre d'obligation. Il est crucial de comprendre que le projet de fusion constitue un acte imparfait : la société absorbante ne devient propriétaire qu'à compter de la réalisation définitive de la fusion, après approbation par les assemblées générales.

Prenons l'exemple concret d'une société industrielle absorbant sa filiale propriétaire d'un entrepôt logistique. Le traité de fusion devra impérativement faire l'objet d'un acte de dépôt au rang des minutes du notaire pour permettre la publication au fichier immobilier. Cette formalité, qui doit être accomplie dans le délai d'un mois suivant la réalisation définitive de la fusion (formalité fusionnée pour les actes mixtes), conditionne l'opposabilité du transfert de propriété aux tiers. Les honoraires notariaux et droits d'enregistrement représenteront environ 1% de la valeur vénale du bien, soit 10 000 euros pour un entrepôt évalué à un million d'euros.

À noter : Lorsque la fusion comporte plusieurs immeubles situés dans des départements différents, la publication doit être opérée auprès du service de publicité foncière du lieu de situation de chaque bien immobilier concerné. Cette multiplication des formalités peut allonger significativement les délais (comptez 3 à 4 semaines supplémentaires) et augmenter les frais notariaux d'environ 500 euros par service de publicité foncière supplémentaire.

Les baux de longue durée : une obligation méconnue

Un piège fréquent réside dans la méconnaissance de l'obligation notariale pour les baux emphytéotiques et les baux à construction. Ces contrats, d'une durée comprise entre 18 et 99 ans, confèrent à leur titulaire un droit réel immobilier qui nécessite l'intervention d'un notaire pour leur transfert, même en l'absence de transfert de propriété du terrain sous-jacent.

Cette particularité peut surprendre lors de l'audit préalable à la fusion. Une société exploitant un parc photovoltaïque sous bail emphytéotique devra ainsi prévoir l'intervention notariale, avec les délais et coûts afférents, alors même qu'elle ne détient aucun immeuble en pleine propriété. La vérification minutieuse de l'existence de tels contrats constitue donc une étape essentielle de la phase préparatoire.

Exemple pratique : La société GreenEnergy SA, spécialisée dans les énergies renouvelables, souhaite absorber sa filiale SolarProd SARL qui exploite trois parcs photovoltaïques. L'audit révèle que SolarProd est titulaire de trois baux emphytéotiques de 30 ans sur des terrains agricoles de 5 hectares chacun. Malgré l'absence de propriété foncière, GreenEnergy devra mandater un notaire pour établir l'acte authentique de fusion. Les frais notariaux s'élèveront à environ 3 500 euros par bail (calculés sur la valeur capitalisée des loyers restant à courir), soit 10 500 euros au total, auxquels s'ajouteront les droits d'enregistrement de 125 euros par bail et les frais de publication foncière.

Les fusions sans notaire : optimiser les coûts pour les actifs exclusivement mobiliers

L'absence d'actifs immobiliers dans le périmètre de la fusion ouvre la voie à une procédure simplifiée sous seing privé, générant des économies substantielles. Cette possibilité légale, parfaitement sécurisée juridiquement, concerne une majorité d'opérations de restructuration, particulièrement dans les secteurs tertiaires et numériques. Il convient néanmoins de rappeler que l'obligation d'enregistrement fiscal dans le délai d'un mois demeure totalement indépendante de la question de l'intervention notariale.

Le périmètre des actifs mobiliers éligibles

Les actifs mobiliers comprennent notamment les fonds de commerce exploités dans des locaux loués, les titres de participation, les créances commerciales, les stocks de marchandises et le matériel d'exploitation. Une société de services informatiques absorbant une startup détenant exclusivement des licences logicielles, du matériel informatique et une clientèle pourra ainsi finaliser sa fusion par simple traité sous seing privé (même si elle fusionne avec une société de forme juridique différente, par exemple une SARL absorbant une SAS, conformément à l'article 1844-4 du Code civil).

L'économie réalisée n'est pas négligeable : pour une fusion portant sur un patrimoine mobilier valorisé à deux millions d'euros, l'absence de frais notariaux représente une économie directe d'environ 20 000 euros. Seule demeure l'obligation d'enregistrement fiscal dans le délai d'un mois, accompagnée du paiement des droits fixes ou proportionnels selon la nature de l'opération.

Fusion simplifiée versus TUP : l'avantage fiscal décisif en présence d'immeubles

Pour les filiales détenues à au moins 90% (et non uniquement 100% comme souvent cru), le choix entre fusion simplifiée et transmission universelle de patrimoine (TUP) revêt une importance capitale en présence d'actifs immobiliers. La fusion simplifiée bénéficie d'une exonération de la taxe de publicité foncière prévue à l'article 678 du CGI, ainsi que des frais d'assiette mentionnés à l'article 1647, V du même code. De plus, elle dispense de l'approbation par l'assemblée générale extraordinaire de la société absorbante et de la nomination d'un commissaire à la fusion (article L.236-11-1 du Code de commerce).

Cette différence de traitement fiscal peut représenter une économie de 0,7% de la valeur des immeubles transférés, soit 14 000 euros pour un patrimoine immobilier de deux millions d'euros. La TUP, bien que plus rapide dans sa mise en œuvre avec son délai d'opposition des créanciers limité à 30 jours (devenant effective au lendemain de l'expiration de ce délai à 0 heure), devient ainsi moins attractive financièrement dès lors que des immeubles figurent au bilan de la société absorbée.

Conseil : Attention, la TUP devient obligatoire lorsque la société à dissoudre constitue une société unipersonnelle (SASU ou EURL) et que l'associé unique prend la forme d'une personne morale. Dans cette configuration spécifique, vous ne pourrez pas opter pour la fusion simplifiée, même si elle serait fiscalement plus avantageuse. Depuis le 1er octobre 2024, toute dissolution par TUP doit obligatoirement être publiée à la fois dans un journal d'annonces légales habilité ET au BODACC, faute de quoi le délai d'opposition des créanciers ne court pas.

Sécuriser votre opération : risques juridiques et délais impératifs

L'absence de notaire obligatoire n'entraîne pas automatiquement la nullité

Contrairement à une crainte répandue, l'omission du notaire lorsqu'il est obligatoire ne constitue pas une cause automatique de nullité de la fusion. L'article L. 235-8 du Code de commerce limite strictement les causes de nullité à deux hypothèses : la nullité de la délibération de l'assemblée générale ayant approuvé l'opération et le défaut de dépôt de la déclaration de conformité prévue à l'article L. 236-6.

Toutefois, cette apparente clémence du législateur ne doit pas occulter le risque majeur d'inopposabilité du transfert de propriété immobilière aux tiers. Un créancier pourrait ainsi faire valoir que l'immeuble demeure dans le patrimoine de la société absorbée faute de publicité foncière régulière (les actes constatant le dépôt au rang des minutes du notaire des procès-verbaux emportant la transmission universelle du patrimoine). Cette situation génère une insécurité juridique incompatible avec la bonne gestion d'une entreprise.

Exemple concret de risque : La société LogisTrans SAS a absorbé en janvier 2023 sa filiale TransportExpress SARL, propriétaire d'une plateforme logistique de 3 000 m² valorisée 1,5 million d'euros. Par méconnaissance, les dirigeants ont procédé à la fusion par acte sous seing privé. Six mois plus tard, un créancier de TransportExpress obtient une saisie immobilière sur la plateforme, arguant que le transfert de propriété ne lui est pas opposable. LogisTrans doit engager une procédure judiciaire coûteuse (environ 15 000 euros d'honoraires d'avocat) pour régulariser la situation, sans garantie de succès si le délai de prescription de six mois est dépassé.

Les délais à respecter pour éviter les sanctions

Le respect des délais légaux conditionne la validité et l'opposabilité de votre fusion. Le délai d'un mois pour présenter l'acte à la formalité fusionnée court à compter de la date de réalisation définitive de la fusion. Ce délai, porté à deux mois en cas d'adjudication, s'applique aux apports immobiliers ou mixtes et son non-respect expose à des pénalités fiscales (intérêts de retard de 0,20% par mois et majoration de 10% après 6 mois de retard).

La chronologie optimale prévoit l'intervention du notaire dès la phase de préparation du projet de fusion. Les formalités de publicité foncière, qui peuvent nécessiter plusieurs semaines selon l'encombrement du service de publicité foncière territorialement compétent, doivent être anticipées dans le calendrier global de l'opération. Pour la TUP, les créanciers peuvent s'opposer dès lors qu'ils estiment que le recouvrement de leur créance est mis en péril par l'opération, ce qui peut rallonger les délais si le juge doit statuer.

L'étude Thémis Notaires Associés, implantée à Loon-Plage, accompagne les entreprises du Nord dans leurs opérations de fusion-acquisition et de restructuration sociétaire en garantissant la sécurité juridique optimale. Notre expertise en droit des sociétés nous permet d'identifier précisément les situations nécessitant l'établissement d'un acte authentique et d'optimiser les modalités de votre opération pour en réduire le coût fiscal. Si votre entreprise envisage une fusion dans la région des Hauts-de-France, notre équipe vous propose un audit préalable permettant de déterminer avec certitude la nécessité ou non d'un acte notarié, vous évitant ainsi des frais inutiles tout en sécurisant parfaitement votre restructuration.